Culture Disparitions

L’artiste français joua devant la caméra des plus grands, de François Truffaut à Alain Cavalier en passant par Jacques Rivette. Il est décédé le 27 juillet.

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Mischka 2002 Real Jean Francois Stevenin Collection Christophel © Jean Marie Leroy (Photo by Jean Marie Leroy / Collection ChristopheL via AFP) Mischka 2002 Real Jean Francois Stevenin Collection Christophel © Jean Marie Leroy (Photo by Jean Marie Leroy / Collection ChristopheL via AFP)

« Ah putain ! ». On suppose que c’est ce qu’aurait dit Jean-François Stévenin, si, par un petit matin d’été maussade, il avait été averti de sa propre mort, survenue mardi 27 juillet 2021, à l’âge de 77 ans. Et puis, lui qui appréciait le karaté, aurait cassé une porte de placard d’un « Yoko Geri » de haute volée, serait parti en forêt fumer trois paquets de clopes, parce que la contradiction était la dernière chose qui lui faisait peur. Et puis il aurait rejoint un copain un peu délabré au bistrot où ils auraient sans doute bu moult ballons en l’honneur du saint trépassé, tout en inventant une nouvelle langue, en mijotant un fumeux projet d’enlèvement, et en tournant la tête pour écraser une larme. Ça, c’est ce qu’aurait fait Stévenin, dans la vie peut-être, dans un de ses films assurément. Il n’y a pas long à vérifier, son œuvre tient en trois films : Passe-Montagne (1978), Double Messieurs (1986) et Mischka (2002), qui vous sautent au visage comme une bourrasque.

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Nous, qui restons ici, comme tous ceux qui l’admiraient, comme tous ceux qui le portaient au discret pinacle de la liberté, de la générosité et du génie, comme tous ceux qui l’aimaient d’un amour immodéré, on ne sait pas vraiment quoi écrire, toutes les formules nécrologiques sonnant creux pour un type qui était aussi plein de vie et de révolte. Perte immense, dira-t-on en espérant qu’il nous pardonne, pour le cinéma français. Perte d’un des rares poètes dudit cinéma. Il y avait eu Jean Vigo, fauché trop jeune. Il y a encore Jacques Rozier, qui tient et cherche à 94 ans un appartement à Paris. Et puis il y eut, en filiation directe, Stévenin, le plus rageur, le plus casseur, le plus rocker de cette bande d’artisans anarchisants. Jurassien d’exception (né à Long-le Saunier le 23 avril 1944), diplômé d’HEC – qui l’eût dit ? –, fan de Johnny Hallyday, il envoie tout valdinguer et se lance dans le cinéma. Il démarre par la technique et l’assistanat, se fait rapidement repérer par sa pétulance, son désir d’en découdre.

Et le voilà qui se glisse, comme acteur, devant la caméra des plus grands. Alain Cavalier (La Chamade, 1968), Jacques Rivette (Out 1, 1970). François Truffaut (La Nuit américaine, 1973). Ce ne sera jamais sans une grande tendresse que Stévenin évoquera par la suite François Truffaut.

Prolifique second rôle

Avec plus de cent films à son actif au cinéma (et au moins autant à la télévision), l’acteur devient un magnifique et prolifique second rôle du cinéma français, sa carrière témoignant d’un goût très hardi et d’un sens certain de la hauteur qu’il conférait à ce métier. Jean-Luc Godard, Luis Bunuel, Jean-Pierre Mocky, Marco Ferreri, John Huston, Patrick Grandperret, Eric Rochant, René Férret, Jim Jarmusch l’ont notamment accueilli. Il montre aussi, trop rarement, de quoi il est capable au premier plan, dans l’inoubliable et cruel Peaux de vaches (1989) de Patricia Mazuy. On devrait le découvrir bientôt, aux côtés de Gérard Depardieu, Cécile de France et Xavier Dolan, dans le nouveau film de Xavier Giannoli, Illusions perdues, adapté d’Honoré de Balzac.

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