Culture Cinéma

Dans un entretien au « Monde », le réalisateur israélien, qui vient de s’installer à Paris, explique que son quatrième long-métrage, « Le Genou d’Ahed », clôt un cycle esthétique.

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Le réalisateur israélien Nadav Lapid, à Paris, en juin 2021. Le réalisateur israélien Nadav Lapid, à Paris, en juin 2021.

Œuvre splendide à la lisière de la performance, film coup de poing contre le nationalisme israélien, Le Genou d’Ahed, quatrième long-métrage de Nadav Lapid, aura été l’un des gestes les plus puissants de cette année cinématographique. En compétition à Cannes, au début de l’été, Le Genou d’Ahed a reçu le Prix du jury, présidé par Spike Lee, ex aequo avec Memoria, d’Apichatpong Weerasethakul.

En quelques films – Le Policier, en 2011, L’Institutrice, en 2014, Synonymes, Ours d’or à Berlin en 2019 –, le cinéaste israélien, né en 1975, a installé son esthétique radicale, revisitant Rohmer, Godard ou Antonioni, pour mieux se confronter à ses ennemis intérieurs. Clin d’œil au rohmérien Genou de Claire (1970), Le Genou d’Ahed rend hommage à une icône de la résistance palestinienne, Ahed Tamimi.

Lire aussi Ahed Tamimi, figure familière de la résistance palestinienne

En partie autobiographique, le film organise la confrontation entre deux personnages métaphoriques : un cinéaste (Avshalom Pollak), alter ego de Nadav Lapid, est invité par une directrice de bibliothèque (Nur Fibak) à venir présenter son film, L’Institutrice, dans un petit village israélien perdu dans le désert. Mais le réalisateur doit s’engager à n’aborder aucun sujet politique avec le public.

« Le Genou d’Ahed » s’est nourri de votre propre expérience. Pourquoi fallait-il en faire un film ?

Ce scénario, c’est un geste brusque, immédiat. Je l’ai écrit en deux semaines et, plus tard, le tournage s’est fait en dix-huit jours – par comparaison, l’écriture de mon précédent long-métrage, Synonymes, a pris plus d’un an.

Lire le portrait (en 2019) : Nadav Lapid, le cinéma pour patrie

Je ne veux plus être dans cette position de cinéaste ambassadeur, qui analyse dans la complexité. Je voulais en finir avec ce cliché. Dans ce film, il n’y a que la vérité, il n’y a pas que de la rage ou de la haine.

Quel sens donnez-vous à certains mouvements de caméra, notamment lorsque le cinéaste et la bibliothécaire font connaissance ?

La chose la plus compliquée à filmer, au cinéma, ce sont sans doute les dialogues. Ces mouvements de caméra servent à casser les formalités de présentation… Ils nous préviennent que l’on va arracher le film à ce classicisme.

Je parle beaucoup, pendant les prises, avec le chef opérateur Shai Goldman. Faire un plan, c’est comme un travail de DJ. Un DJ ne va pas chercher à faire danser les gens modérément. A un moment, il se met en danger. Dans un film, c’est pareil, il n’y a pas de jours de tournage faciles : il faut rencontrer le démon à l’intérieur de chaque scène.

La gestuelle d’Avshalom Pollak, comédien et chorégraphe qui interprète le cinéaste, introduit une sensualité inattendue dans le film…

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