Culture Cinéma

Derrière une tonalité sucrée, le film de Carlos Lopez Estrada, né d’un atelier de « spoken word », décrit une jeunesse réunie par les revendications identitaires.

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Tyris Winter dans « Summertime », de Carlos Lopez Estrada. Tyris Winter dans « Summertime », de Carlos Lopez Estrada.

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Cet été, le teen movie américain a connu une réactualisation « woke » (terme qui qualifie quelqu’un d’« éveillé », conscient des problèmes sociaux ou raciaux) de son logiciel. Sorti il y a quelques mois, D’où l’on vient, de Jon M. Chu, montrait le quotidien d’un quartier latino en voie de gentrification. Le film jonglait entre romantisme sucré et ancrage social, évoquant, au détour de numéros musicaux, la discrimination, la précarité et la fierté communautaire – façon West Side Story (film qui va bientôt connaître son remake spielbergien). Il faisait surgir la conscience politique au milieu d’un genre par définition hors-sol, replié sur les problèmes affectifs – mais qui, précisons-le, a produit des chefs-d’œuvre. A sa suite, Summertime vient confirmer la tendance : celle d’une jeunesse politisée, ou du moins tourmentée par l’état du monde et désireuse de le faire savoir.

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Carlos Lopez Estrada (réalisateur sorti de l’écurie Disney) ne se satisfait pas de ce seul constat, et tente de lui trouver une forme adaptée. Le concept de Summertime serait né d’un atelier de spoken word (oralisation d’un texte, à mi-chemin entre la poésie et le slam) où chaque artiste donne à son récit intime une forme exigeante, rythmée et revendicative. Vingt-cinq jeunes artistes de cet atelier composent le casting du film, dont le principe consiste en une longue balade estivale dans les rues de Los Angeles : à la manière d’un badaud sans cesse interpellé et distrait, le film glisse d’un personnage à un autre.

Objet sociologique passionnant

Chaque personnage détient sa saynète, et chaque saynète provoque inévitablement un moment de spoken word – écrit et récité par l’acteur lui-même. La grande diversité du casting permet d’évoquer un large spectre de problématiques : homophobie, grossophobie, racisme anti-asiatique, rapport douloureux à sa communauté, gentrification galopante, ou plus simplement chagrin d’amour, nostalgie de l’enfance, déclaration d’amour à sa ville. Les textes, tout comme leurs récitations, sont virtuoses et constituent plus que de simples haltes dans la fiction – ils sont la fiction elle-même.

La grande diversité du casting permet d’évoquer un large spectre de problématiques

Summertime assume sa drôle de tonalité douce-amère, à la fois archi-sucrée, frôlant le mièvre sur sa fin, et en même temps désireuse de montrer que sa jeunesse a bien les deux yeux grands ouverts, qu’elle est articulée et, plus que ça, talentueuse. A plusieurs endroits, le film apparaît comme un objet sociologique passionnant, puisqu’il ne montre plus une jeunesse fédérée par des rites de passage communs à tous, mais bien le contraire : chacun se trouve isolé dans son vécu et son trauma particuliers, mais tous parviennent à faire corps au nom d’une lutte intersectionnelle que le film tente d’attiser – ici représentée par la limousine qui les emporte tous.

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