Culture Cinéma

Le premier long-métrage de Georgis Grigorakis séduit autant pas son esthétique que par sa sensibilité.

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« Digger », de Georgis Grigorakis. « Digger », de Georgis Grigorakis.

L’AVIS DU « MONDE » - A NE PAS MANQUER

Tenue esthétique, inspiration, sensibilité à l’époque : que demander de plus, et qui pourtant est si rare, à un premier long-métrage ? On notera donc, pour mémoire, le nom du Grec Georgis Grigorakis, 38 ans, qui nous apporte sur un plateau ce beau film où s’harmonisent un peu miraculeusement la tragédie, le western et la fibre écologique. En d’autres termes et dans la plupart des cas, de quoi se crasher cent fois. Quelque part au nord de la Grèce, Nikitas, solitaire peu commode, carabine au côté, vivant dans une belle maison délabrée au fond des bois, se bat jour après jour contre la compagnie minière qui convoite son terrain et met en œuvre, par des manœuvres obscures et avec le concours de nervis à sa solde, une constante et insidieuse violence contre lui.

Aidé par une fragile poignée d’irréductibles qu’il retrouve au café du village, Nikitas doit également lutter sur un autre front. Johnny, son fils qu’il n’a pas revu depuis vingt ans, vient s’installer chez lui à la mort de sa mère pour exiger sa part de l’héritage. Continûment hostile à ce père qui fait la sourde oreille et dont il ne comprend pas le combat, le garçon est de surcroît recruté par la compagnie minière qui fait la pluie et le beau temps économique dans la région. Un conflit générationnel se dessine aussi bien, tant au niveau du couple père-fils qu’à travers le clivage d’une population dont les jeunes sont les recrues privilégiées de l’entreprise.

Un des traits les plus remarquables du film tient à la manière très subtile dont il distille ses informations, par l’impressionnisme délibéré qui entoure motivations et caractères, comme par les lentes réminiscences qui émanent d’un passé lointain. On comprend ainsi, insensiblement, que le désir utopique qui a poussé Nikitas à s’installer, avec femme et enfant, au plus près de la nature dans la solitude de la forêt, est précisément ce qui lui aura fait à peu près tout perdre, à commencer par sa famille.

Dualité sur plusieurs niveaux

L’homme n’en est que plus acharné à sauver ce qui lui reste, sa maison justement, face au « monstre », comme l’appellent ses opposants, face, en d’autres mots, à cet esprit prédateur du système capitaliste qui, tenant par l’aubaine momentanée d’un emploi rémunéré par temps de crise, s’incarne en réalité dans les excavatrices géantes qui détruisent les ressources naturelles et rendent la terre invivable pour tous. Mais ce n’est pas le « message », aussi juste soit-il, qui touche ici notre sensibilité et emporte notre conviction. C’est la vigueur et la cohérence du parti pris esthétique qui nous séduit et nous entraîne, en faisant notamment de la dualité un élément central du film dont la dialectique opère sur plusieurs niveaux à la fois.

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