« Dune », « les Amours d’Anaïs », « la Proie d’une ombre »… Les films à voir (ou pas) cette semaine

Il y a 1 semaine 31

♥♥♥ Dune

Film de SF américain par Denis Villeneuve, avec Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Zendaya, Josh Brolin (2h35).

On ne verra jamais la version psychédélique fantasmée par Alejandro Jodorowsky, mais on a malheureusement vu celle, charcutée, de David Lynch. Réjouissons-nous de découvrir enfin le roman culte de Frank Herbert adapté avec soin et inspiration. Nul foisonnement baroque ni imaginaire délirant chez Denis Villeneuve. C’est la dimension visionnaire et parabolique du livre qu’embrasse le cinéaste canadien pour nous tendre un miroir : son « Dune » est un beau film de SF épique et politique. Résumons. En 10191, le duc Leto (Oscar Isaac) de la maison Atréides part, sur ordre de l’Empereur, gouverner la planète Arrakis, convoitée pour sa production de l’épice, une drogue précieuse aux vertus divinatoires. Sur ces terres désertiques où la chaleur est irrespirable, Leto entend former un pacte avec les Fremen, peuple nomade autochtone, et mettre fin au joug colonialiste du clan barbare des Harkonnen. Il est secondé par son fils, Paul (Timothée Chalamet), que la congrégation mystique des Bene Gesserit, dont est issue sa mère (Rebecca Ferguson), soupçonne d’être le messie.

Avec Denis Villeneuve, « Dune » sort du désert

Comme dans « Blade Runner 2049 », Villeneuve cherche moins dans la SF sa part futuriste et fantastique que le prolongement de notre réalité, un univers tangible. Ainsi, il parvient à rendre l’œuvre de Herbert lisible et concrète jusque dans sa manière de traduire les pouvoirs télépathiques sans effets spéciaux, par de simples effets de montage sonore et visuel. Cinéaste de la matière, il joue des rapports d’échelle, filme ses personnages comme des figures de tragédie antique qui se débattent dans le grand tout, dominées par une instance invisible (le mystérieux Empereur) et par la puissance supérieure de la nature, minuscules face à l’ampleur des images de Greig Fraser (« Zero Dark Thirty ») et du sound design de Hans Zimmer. Le prix de « Dune » est là, et dans l’intelligence avec laquelle Villeneuve raccorde ce monde au nôtre par la cohérence de sa direction artistique et de sa mise en scène.

Ici, le baron Harkonnen rappelle le colonel Kurtz d’« Apocalypse Now » (comment ne pas penser aux retraits des troupes américaines du Vietnam ou d’Afghanistan quand sa flotte quitte Arrakis, laissant les habitants à la merci d’autres tyrans ?), et un plan furtif sur des soldats décapitant la population évoque les exécutions de Daech. Là, la ville souterraine d’Arrakis semble un vestige de notre avenir face au réchauffement climatique. Au milieu de tout ça, le récit d’apprentissage, l’éveil de Paul à son statut d’élu, entre Luke Skywalker et Lawrence d’Arabie, reste en jachère : ce n’est que la première partie.

Nicolas Schaller

♥♥ Les Amours d’Anaïs

Comédie romantique par Charline Bourgeois-Tacquet, avec Anaïs Demoustier, Denis Podalydès, Valeria Bruni Tedeschi (1h38).

Anaïs (Anaïs Demoustier), trentenaire sans filtre assoiffée d’absolu, fuit à toutes jambes ses loyers impayés, son improbable fiancé et le malheur (sa mère voit son cancer récidiver). Elle succombe au cliché bourgeois d’une liaison avec un raseur (il est éditeur), puis se met à éprouver une passion dévorante pour son épouse auteure (Valeria Bruni Tedeschi).

Avec cette screwball comedy d’aujourd’hui, sensuelle, cocasse et attachante, où se mêlent loi du désir et quête d’identité, Charline Bourgeois-Tacquet, malgré quelques baisses de régimes, convainc, notamment dans les scènes entre Demoustier et Bruni Tedeschi, d’une douceur et d’une maturité bluffantes.

Sophie Grassin

« Les Amours d’Anaïs », marivaudage solaire à la Rohmer

♥♥ La Proie d’une ombre

Thriller américain par David Bruckner, avec Rebecca Hall, Sarah Goldberg, Evan Jonigkeit (1h47).

Jeune veuve, Beth se retrouve seule dans sa splendide demeure d’architecte au bord d’un lac. Chaque nuit, elle sent une présence et se réveille troublée par ses cauchemars, qu’elle ne distingue plus de la réalité, hantée par une question : pourquoi son mari a-t-il mis fin à leur bonheur sans histoire en se tirant une balle dans la tête ? Efficace film de deuil et de fantôme, imprégné de paranoïa #MeToo, ce thriller élégant, qui reconduit les codes du roman gothique dans un décor Maisons du Monde, est gâché par le dernier quart d’heure grand-guignolesque mais porté par le jeu nuancé de Rebecca Hall.

N. S.

C’EST RATÉ

Le Genou d’Ahed

Drame israélien par Nadav Lapid, avec Avshalom Pollak, Nur Fibak, Yoram Honig (1h49).

Pour participer à un débat culturel, un cinéaste se retrouve dans un bled paumé et découvre, à sa grande surprise, le virage autoritaire – voire « fascisant » – des autorités israéliennes, qui exigent le contrôle des sujets abordés avec le public. On comprend l’intention de Nadav Lapid, le réalisateur : combat pour la liberté de la presse, sentiment d’urgence, alerte rouge… Mais pourquoi avoir adopté ce style difficilement supportable ? La caméra filme les pieds du visiteur, bascule vers le ciel, traîne dans le désert, fait des virevoltes et transforme un thème politique en récit maniériste exaspérant. Derrière les chichis, il y a cependant un vrai film, et il faut faire un effort pour le découvrir.

François Forestier

♥♥ L’Origine du monde

Comédie française par Laurent Lafitte, avec Laurent Lafitte, Hélène Vincent, Vincent Macaigne (1h38).

C’est de la comédie de boulevard, avec tous les ingrédients (quiproquos, portes qui claquent, méprises, etc.). Le sujet, adapté d’une pièce de Sébastien Thiéry, est original et complètement dingue. Pour remettre son cœur en marche (le muscle s’est arrêté sans le tuer), Jean-Louis doit photographier le vagin de sa mère, 82 ans. C’est Margaux, coach, guérisseuse et chamane, qui l’exige. A partir de là, tout déraille. Pour son premier film, Laurent Lafitte met le paquet : le rythme est fracassant, les acteurs s’en donnent à cœur joie (Hélène Vincent, dans le rôle de vieille dame, est formidable), les situations sont burlesques. Reste, pour certains (dont je suis), la gêne devant le tabou de l’inceste. Ceci dit, le film est gondolant.

F. F.

♥♥♥ Blue Bayou

Drame américain par Justin Chon, avec Justin Chon, Alicia Vikander, Mark O’Brien (1h58).

Un jeune Américain né en Corée, qui subit l’acharnement du premier mari de son épouse, est menacé d’expulsion. Il doit alors renouer avec sa mère adoptive. Prétexte juridique pour dire le sort des immigrés aux Etats-Unis, l’indigne politique migratoire qui y sévit, le déterminisme social lié à l’origine ethnique, mais également la beauté et la force des familles recomposées. Pour embrasser tout cela, le réalisateur (et acteur principal) fait le choix du mélo. Pari risqué, assumé et réussi. Grâce à une écriture qui refuse tout archétype et dessine des personnages à la bouleversante étoffe romanesque.

Xavier Leherpeur

♥♥ Summertime

Film américain par Carlos Lopez Estrada, avec Sun Park, Gihee Hong (1h35).

Le temps d’une journée à Los Angeles, vingt-cinq jeunes gens se croisent, dessinent sur l’asphalte écrasé de chaleur une diversité de corps, de genres, de couleurs, et témoignent du melting-pot américain. Virtuoses du skate, tagueurs ou vendeurs de nourriture, tous se racontent à travers des monologues écrits au regard de leurs expériences de vie et d’artistes. Tout cela ne fait pas vraiment un film, mais ce groupe bigarré, solaire et mélancolique finit par nous emporter.

X. L.

♥♥ Mush-Mush et le petit monde de la forêt

Dessin animé belge par Joeri Christiaen (45 min).

Bienvenue dans le monde des champignons magiques, qui vivent au fond d’une forêt que Mush-Mush et ses amis Lilit et Sep passent leur temps à parcourir. Arbre centenaire en danger, petite rainette égarée ou encore libellules à chevaucher : tout devient une aventure hors du commun pour ces Champotes courageux et téméraires. Trois histoires courtes composent ce programme qui surprend par son humour décalé et un second degré qui rappellent ceux de Bob l’éponge. Le dessin est aussi vif que les couleurs, la mise en scène fait cohabiter habilement la 3D et une animation plus traditionnelle, et les personnages sont délicieusement attachants.

X. L.

♥♥ L’Affaire collective

Documentaire roumain par Alexander Nanau (1h49).

Le 30 octobre 2015, l’incendie d’une boîte de nuit, le Colectiv, à Bucarest, fait 64 morts et 150 blessés. Pire : il y aura d’autres morts, suite à des infections nosocomiales. L’enquête d’une poignée de journalistes révèle que l’argent alloué aux produits de désinfection est détourné, que les hôpitaux sont gangrenés par la corruption, que la filière santé est aux mains d’une mafia. Le film – qui se borne à suivre les journalistes – est pauvre visuellement mais puissant sur le plan politique. Aura-t-il un impact sur une démocratie gangrenée ? La fin (les élections décevantes) laisse supposer que non.

F. F.

♥♥ L’Etat du Texas contre Melissa

Documentaire américain par Sabrina Van Tassel, avec Melissa Lucio (1h37).

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Reconnue coupable d’infanticide, Melissa Lucio croupit dans le couloir de la mort depuis près de quinze ans. Plus que la simple évocation d’un fait divers tragique, ce film d’investigation retrace le procès d’une classe sociale indésirable. Immigration, délinquance, violences familiales, tout est joué d’avance. Avec dans le rôle du méchant le soi-disant avocat de la défense qui ignore sciemment les pièces qui pourraient exonérer sa cliente. La cinéaste attaque frontalement cette justice texane qui met en pièce la vie d’une femme à des fins carriéristes et/ou électoralistes. La mise en scène aurait gagné à être moins partisane, mais cette dénonciation n’en est pas moins terrifiante.

X. L.

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