“L’Affaire Collective” de Alexander Nanau : un leçon politique édifiante

Il y a 1 semaine 27

Un documentaire édifiant sur un scandale sanitaire vite étouffé par un gouvernement populiste. Une bonne leçon pour tous les pays démocratiques européens ?

On ne peut que se réjouir de la sortie en salles d’un documentaire qui a été sélectionné dans de nombreux et grands festivals, qui a été nommé deux fois aux Oscars et a reçu des prix un peu partout.

Que raconte L’Affaire Collective ? Le 30 octobre 2015, le Colectiv Club, une discothèque de Bucarest, prend feu pendant un concert. Des dizaines de spectateur·rices meurent dans l’incendie. Drame atroce dont il reste même quelques images amatrices… Mais ce n’est pas tout : dans les semaines qui suivent, les blessé·es survivant·es vont mourir les uns après les autres dans des proportions anormales alors qu’ils et elles sont censé·es être hospitalisé·es et soigné·es.

Un journal de sport, ou plutôt son rédacteur en chef, décide de faire son métier : mener une enquête. Et il va peu à peu découvrir, avec ses journalistes, qu’il y a eu un vrai problème sanitaire derrière : la plupart des personnes soignées sont mortes parce que les produits qu’on leur administrait étaient extrêmement dilués, donc inefficaces, et pire encore, qu’ils ont favorisé chez ces malades le développement d’infections atroces (avec asticots, s’il vous plaît – désolé pour ce détail), sans lien avec leurs brûlures. L’horreur totale.

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Ces révélations, niées pendant des semaines par le ministre de la Santé roumaine de l’époque, va finir, grâce à l’obstination des journalistes, par entraîner sa démission. Le nouveau ministre prend alors les choses en main avec grand sérieux, volonté et sans peur. Il déclare que l’état de la Santé en Roumanie est tel qu’il faut envoyer les malades se faire soigner en Allemagne.

Il découvre et dénonce la corruption généralisée des directeurs d’hôpitaux roumains qui ont participé ou accepté le trafic de ces produits inefficaces et dangereux. Ces derniers se retrouvent devant la justice. Le propriétaire des usines de médicaments, quant à lui, meurt, sans que l’on sache vraiment s’il s’agit d’un suicide, d’un accident de voiture ou d’un assassinat. Il savait trop de choses.

Santé publique et démocratie

Le courageux ministre et les journalistes de la  Gazette des Sports commencent à recevoir des lettres et des menaces de mort. Quant aux femmes et aux hommes politiques populistes et nationalistes, ils et elles s’emparent de l’affaire pour s’attaquer à ce gouvernement à la solde de l’étranger qui envoie les Roumain·es se faire soigner ailleurs, comme si la Roumanie n’était pas un grand pays, capable de se sauver lui-même comme un grand !

C’est à cette lutte politique incroyable que nous assistons dans L’Affaire Collective, un film haletant monté comme un vrai thriller. Mais nous ne sommes pas dans un film américain : Erin Brockovich de Soderbergh, L’Idéaliste de Francis Ford Coppola ou plus récemment Dark waters de Todd Haynes, mais dans la réalité d’un pays européen où la corruption règne encore et où les ressorts démocratiques ne sont pas encore bien solides. La lutte est désespérée, parce que perdue d’avance. Elle devrait nous inspirer, car la morale de cette histoire est bien rude. Un film terrifiant.

L’Affaire Collective d’Alexander Nanau, sortie en salles le 15 septembre

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