“L’Origine du monde” : un théâtre de boulevard qui tourne à vide

Il y a 1 semaine 31

Le premier film du pensionnaire de la Comédie-Française se plante dans une étude de caractères sans inspiration.

Il est probable que Laurent Lafitte ait gardé de son passage chez Verhoeven dans Elle, l’envie de monter à son tour, et derrière la caméra, un petit théâtre subversif sur le monde bourgeois. Adapté d’une pièce de théâtre à succès de Sébastien Thiéry, L’Origine du monde nous plonge dans le quotidien confortable de Jean-Louis (Laurent Laffite) et Valérie (Karin Viard) un couple de quadras bourgeois dont les principales préoccupations sont rythmées par l’organisation de prochaines vacances à Deauville (pour elle), la profession d’avocat et les envies d’adultère (pour lui).

Jusqu’au jour où Jean-Louis réalise en rentrant chez lui que son cœur s’est arrêté. Pourtant, il vit toujours. Ni Michel, son ami vétérinaire (Vincent Macaigne), ni sa femme Valérie ne trouvent d’explication à cet étrange phénomène. La seule solution trouvée pour relancer l’organe vient de Margaux (Nicole Garcia), la coach de vie de sa femme aux méthodes atypiques : pour guérir, Jean-Louis doit prendre en photo le sexe de sa propre mère (Hélène Vincent).

Sexisme ordinaire

D’un tel pitch, il faut dire qu’il y avait un défi, pas seulement loufoque, mais pertinent dans la façon de fixer les dérives de la psychanalyse freudienne et la misogynie persistante qui la nourrit. On doute cependant que le film ait parfaitement cerné son sujet puisqu’alors qu’il déroule son programme œdipien, il ne fait qu’empiler des stéréotypes sexistes dans l’écriture et la représentation de ces personnages féminins (des chieuses castratrices, en gros). C’est en fait une expérience assez habituelle de constater la bipolarité d’une certaine comédie populaire française dont le rire – soi-disant dénonciateur – est totalement court-circuité par une représentation du réel elle-même déjà stéréotypée et déconnectée de base (le dernier OSS 117 étant le dernier exemple en date de ce phénomène).

>> À lire aussi : “OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire” : un comeback dont on aurait bien pu se passer

Académique

Mais c’est surtout sur la question du cinéma que ce théâtre de boulevard filmé nous plonge dans l’ennui. Dénué de véritable aspiration esthétique, où la complexité des personnages tient en un adjectif, L’Origine du monde avance comme un enchaînement mécanique de scénettes déconnectées les unes des autres. Le cruel manque d’idées de mise en scène (ou le conformisme académique ?) ne parvient pas à transfigurer à l’image un scénario aux dialogues souvent maniéristes, déjà préoccupés – avant même d’être prononcés par ses acteur·rices – aux hilarités qu’ils déclencheront dans la salle. Jusqu’à ce morceau de bravoure – qu’on ne révélera pas si jamais vous décidez d’aller le voir -, censé être le moment de folie absolue du film, mais qui subit la comparaison d’une célèbre scène de Toni Erdmann de Maren Ade.

L’Origine du monde rêvait de condenser l’insolence d’un Blier au vitriol de la comédie britannique, mais ressemble plus volontiers à une pièce de Laurent Ruquier en termes de direction artistique et de finesse psychologique. 

L’Origine du monde de Laurent Lafitte, en salle le 15 septembre

Lire la Suite de l'Article