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Là où le film de Denis Villeneuve, qui sort ce 15 septembre en France, porte l’étendard du tout-numérique, celui de David Lynch, première adaptation, en 1984, du roman de Frank Herbert paru en 1965, témoigne d’un temps où les décors cyclopéens étaient construits « en dur ». Une bonne raison de le redécouvrir.

Sting dans « Dune » (1984), de David Lynch. Sting dans « Dune » (1984), de David Lynch.

TCM CINÉMA – MARDI 14 SEPTEMBRE À 20 H 50 – FILM

Alors que Dune, saga de science-fiction imaginée par le romancier Frank Herbert, s’apprête à faire son grand retour en salle sous la houlette du réalisateur canadien Denis Villeneuve, avec Timothée Chalamet dans le rôle principal, on peut aussi se pencher sur la précédente mouture hollywoodienne, réalisée en 1984 par un jeune David Lynch alors âgé de 36 ans, fraîchement auréolé du succès d’Elephant Man.

Folie de production dispendieuse et, à l’arrivée, four retentissant, désavouée par son propre réalisateur, cette première adaptation du roman paru en 1965 traîne une aura de malédiction et a longtemps fait passer l’univers d’Herbert pour inadaptable.

Pourtant, vu d’aujourd’hui, le film n’est pas sans charme ni beautés. Devant passer au tamis du long-métrage un univers foisonnant, David Lynch opte pour une forme d’ésotérisme, un récit plein de mystères et d’opacités où il n’est pas nécessaire de tout comprendre. Sinon l’essentiel : l’affrontement de deux maisons, les Atréides et les Harkonnen, pour la possession de la planète Arrakis, où l’on récolte l’Epice, précieuse substance qui assure la longévité et permet de voyager dans l’espace. Paul (Kyle MacLachlan), héritier de la première, se découvre, au contact psychotrope de celle-ci, une vocation messianique auprès des Fremen, peuplade indigène qui vit dans les vastes contrées désertiques de l’astre en question, sillonnées par des vers géants.

Noirceur organique

Là où le film de Villeneuve porte l’étendard du tout-numérique, celui de Lynch témoigne d’un temps où les décors cyclopéens étaient construits « en dur », où les maquettes flottantes, les effets spéciaux artisanaux et les incrustations approximatives ouvraient autant de brèches à l’imaginaire. Dune 1984 fourmille en ce sens de trouvailles, de passages marquants, qui fonctionnent beaucoup mieux dans le détail, face à sa visée épique globalement défaillante.

La logique des rêves et des cauchemars, des pensées (chuchotées en voix off) et des sensations, tisse sur le costume spectaculaire du film, trop large, un ourlet intime et subjectif précieux. Boucliers géométriques, embryon remuant dans les flancs de la reine mère, vaisseaux stellaires, immensités sablonneuses constituent ici un étonnant bréviaire de poésie transcendantale. Le tout n’étant pas dénué d’une noirceur organique, comme les scènes qui touchent au baron Harkonnen (Kenneth McMillan), méchant répugnant au visage constellé de pustules, et à ses sbires – dont l’un interprété par le chanteur Sting, qui s’apprête alors à se lancer dans une carrière solo après la dissolution de son groupe, The Police.

S’il est acquis que Dune se conçoit comme un « trip » porté par son épice planante, son horizon est celui d’un néo-orientalisme typique des années 1980. Sa fable aux accents écologiques et new age peut en effet se comprendre comme celle de l’Occident malade venant se régénérer au contact de l’Orient et de son mysticisme. Œuvre extravagante, cabossée, oscillant entre le grandiose et le kitsch, Dune croit surtout en la magie des images, dont il orchestre une sorte de kermesse illuminée. Une bonne raison de le redécouvrir.

Dune, de David Lynch. Avec Kyle MacLachlan, Sean Young, Francesca Annis, Sting, Max von Sydow (EU-Mexique, 1984, 137 min). TCM Cinéma sur myCanal.

Mathieu Macheret

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