« Onoda », « Kaamelott », « Bonne Mère », « Louxor »… les films à voir (ou pas) cette semaine

Il y a 1 semaine 25

♥♥♥ Onoda. Dix mille nuits dans la jungle

Drame historique français par Arthur Harari, avec Yûya Endô, Kanji Tsuda, Yuya Matsuura (2h47).

Personne n’incarne mieux que lui le déni de la capitulation japonaise de 1945. Hirō Onoda voulait être pilote, mais, sujet au vertige, fut formé à la guérilla. En 1944, jeune officier, il est envoyé en mission dans la jungle philippine, où il restera plus de trente ans, persuadé que la Seconde Guerre mondiale n’est pas finie. Autre vertige ! Son histoire avait lointainement inspiré Josef von Sternberg, en 1953, pour « Fièvre sur Anatahan ». Arthur Harari s’y colle fidèlement, et avec quel panache pour un cinéaste français dont c’est le deuxième long-métrage ! Le réalisateur de « Diamant noir » prend son temps, impose un rythme que l’on qualifierait d’asiatique si sa mise en scène n’était aussi limpide, d’un classicisme universel, avec une aptitude à nous rendre accessibles les plus exotiques des personnages. Onoda, qui rejoignit la droite nationaliste à son retour dans la vie civile (le film s’arrête avant), est considéré comme un héros au Japon.

« Diamant noir », pur joyau

Harari ne l’envisage jamais comme tel, il raconte une énigme : l’homme, aliéné aux ordres de son père spirituel (comme Niels Schneider dans « Diamant noir »), loyal envers ses seconds tant qu’ils lui restent fidèles, parano face à l’extérieur, vivant dans le souvenir et le deuil de ses morts une fois seul et vieillissant. L’aventure humaine se mue en fable sur la guerre, sa folie, puis en réflexion sur l’existence dans une nature immuable qu’Harari filme comme le(s) visage(s) d’Onoda (interprété par Yûya Endô et Kanji Tsuda) : avec humilité et fascination.
Nicolas Schaller

♥♥♥ Digger

Drame grec par Georgis Grigorakis, avec Vangelis Mourikis, Argyris Pandazaras, Sofia Kokkali (1h41).

Un premier film bien dans l’air du temps : alors que son père essaie de défendre sa terre contre l’irruption d’une compagnie minière, le fils rentre à la maison, après une absence de vingt années. Conflit de propriété, conflit familial, conflit avec (et pour) la nature… Images soigneusement cadrées, belle lumière, love story un peu effacée, cette fable écolo est sous-tendue par une conviction évidente. C’est beau, c’est fort, mais le réalisateur a du mal à boucler son récit. Dommage, il y a là un début très prometteur.
François Forestier

♥♥ Spirale. L’héritage de Saw

Film d’horreur américain par Darren Lynn Bousman, avec Chris Rock, Samuel L. Jackson, Max Minghella (1h33).

Dans le genre – si vous aimez le gore –, toutes les cases sont cochées. Dans ce neuvième chapitre de la franchise « Saw », un malappris massacre les flics ripoux, avec un luxe de machines létales. Le type doit passer plus de temps à inventer ses dispositifs – un arracheur de langue, un tire-doigts sophistiqué, une pompe à sang – qu’à faire le film. Réalisation adéquate, effets spéciaux, idées saugrenues, suspense bien mitonné, tout va bien. Sauf l’interprétation de Chris Rock, dans le rôle principal. C’est du grand-guignol aux petits oignons.
F. F.

♥♥♥ Louxor

Drame anglo-égyptien par Zeina Durra, avec Andrea Riseborough, Karim Saleh, Michael Landes (1h26).

A Louxor, sur les rives du Nil, Hana (Andrea Riseborough, impénétrable), une humanitaire britannique que la guerre a traumatisée, rencontre par hasard Sultan (Karim Saleh), un archéologue égyptien qui fut son amour de jeunesse. Dans cette ville, l’antique Thèbes dont les temples sont gardés par des sphinx, Hana met son passé à l’épreuve du présent, comme si elle voulait trouver, au milieu des ruines inondées de soleil et dans la pénombre du tombeau KV10 (destiné à un roi, il fut récupéré par deux reines), une parade à une époque moderne devenue folle, une sagesse pharaonique. La mystérieuse déambulation de cette femme seule et silencieuse dans une ville où tout lui parle ajoute à la beauté d’un film dont l’émotion est contenue, cachée comme un trésor au fond d’une pyramide sacrée. « Louxor » est un film de voyage, mais il s’agit d’un voyage intérieur.
Jérôme Garcin

C’EST RATÉ

Bloody Milkshake

Film d’action américain par Navot Papushado, avec Karen Gillan, Lena Headey, Chloe Coleman (1h54).

Sam, devenue tueuse à gages comme maman pour tenter de retrouver la marâtre qui l’abandonna enfant, est une des meilleures de sa profession. Voilà ce qui tient lieu de scénario à ce film d’action qui ne sort en salle que dans notre bel Hexagone. On comprend pourquoi. Le cinéaste – qui se croit sans doute féministe puisque dans ce pur film de testostérone il remplace les mecs par des filles – fétichise les corps de ses actrices dans la plus pure tradition machiste. Quant aux interminables séquences de gunfight, où il espère se mesurer aux maîtres du genre, elles sont saccagées par un monteur frimeur qui se fiche bien du style.
Xavier Leherpeur

♥♥♥ Bonne Mère

Drame français par Hafsia Herzi, avec Halima Benhamed, Sabrina Benhamed, Jawed Hannachi Herzi (1h36).

Le film s’ouvre comme il se clôt : sur Nora à sa fenêtre. Nora, femme de ménage, qui porte sa famille sur le dos (fils au ballon, fille, belle-fille, petits-enfants) et y sacrifie ses bijoux, sa cinquantaine, sa dentition. Nora, dignité de reine, pour laquelle tous les jours se ressemblent. Dans ce film perclus de lumière, habité par des acteurs non-professionnels géniaux, Hafsia Herzi rend hommage à sa mère, tire le portrait des quartiers Nord de Marseille, montre les figures féminines (rares à l’écran) qui les tiennent debout, évoque le monde du travail et sa solidarité. Plus posé, plus mûr que le gracieux « Tu mérites un amour », « Bonne Mère » cueille la vie, la tchatche, l’amour qui circule. On la comparera à Kechiche, elle a l’humanité d’un Renoir.
Sophie Grassin

Hafsia Herzi à Cannes : « Nora est une héroïne comme on n’en voit pas beaucoup à l’écran »

♥♥ Kaamelott

Comédie française par Alexandre Astier, avec Alexandre Astier, Sting, Christian Clavier, François Rollin (2h).

En passant du petit format télé au grand format cinéma, la saga décalée du roi Arthur et de son épée Excalibur a muté : les gags sont devenus plus rares, la noirceur s’est invitée, et le mixage des deux n’est pas toujours réussi. Mais les dialogues (en langage moderne) sont très drôles, certaines scènes sont déjà des classiques d’absurdité comique, et les personnages sont très savoureux. Voir Sting en mercenaire saxon discutailleur et Guillaume Gallienne en trafiquant suiffeux, c’est tout bon.
F. F.

« J’avais 5 ans quand j’ai respiré l’odeur de la poussière des planches » : rencontre avec Alexandre Astier

♥♥♥ Sweet Thing

Comédie dramatique américaine par Alexandre Rockwell, avec Will Patton, Lana Rockwell, Nico Rockwell (1h31).

La fugue de trois poulbots du Massachusetts, dont une adolescente et son petit frère livrés à eux-mêmes entre un père alcoolique et une mère indigne. Compagnon de route de Tarantino à leurs débuts, Alexander Rockwell est resté à la marge : il a tourné ce film avec les moyens du bord, ses propres enfants et dans un 16 mm noir et blanc d’un autre temps. Rien de très neuf dans sa description du tiers-monde américain, tout est dans le regard qu’il adopte, gracieux et cru. Celui de l’enfance. La « douce chose » du titre, tirée de la chanson de Van Morrison, c’est Lana Rockwell, 17 ans : dans ses beaux yeux métissés passent les espoirs de son âge et les trahisons du monde adulte.
N. S.

♥♥♥ A l’abordage

Comédie française par Guillaume Brac, avec Eric Nantchouang, Salif Cissé, Edouard Sulpice (1h35).

Bande annonce "A l'abordage"

Ce marivaudage estival (diffusé en mai dernier sur Arte) de Guillaume Brac, jeune auteur qui cache un cœur gros comme ça derrière un minimalisme rohmérien et un humour à la Klapisch (sans la lourdeur socio-psy), tombe à pic. Même si, à nous redonner le goût des amours de vacances, il risque de nous faire oublier les gestes barrières. A distance des idées reçues mais tout près de ses personnages, Brac filme la semaine de deux lascars de La Courneuve (formidables Eric Nantchouang et Salif Cissé) et d’un fils à maman dans un camping de la Drôme où ils atterrissent pour les beaux yeux d’une fille draguée à Paris. Attachant et rassembleur.
N. S.

♥♥ La Conspiration des belettes

Comédie brésilienne par Juan José Campanella, avec Clara Lago, Graciela Borges, Oscar Martinez (2h09).

Une actrice, son mari, son metteur en scène et son scénariste vivent dans une demeure qui n’est plus, à l’image de leur carrière, qu’un champ de ruines. Mais lorsque surviennent des promoteurs prêts à tout pour racheter la maison à bas prix, les septuagénaires déploient des trésors de cynisme pour protéger leur bien. Coups bas et coups de théâtre, acrimonies, aigreurs et règlements de comptes remontent à la surface et transforment ce huis clos en un savoureux jeu de massacre. L’auteur de « Dans ses yeux » orchestre avec plaisir ce remake à l’identique d’un film des années 1970. Mais s’il avait sacrifié une bonne vingtaine de minutes, cela aurait concentré davantage le fiel de cette « Conspiration ».
X. L.

ÇA RESSORT

♥♥♥ In the Mood for Love

Comédie dramatique chinoise par Wong Kar-wai, avec Tony Leung, Maggie Cheung, Rebecca Pan (2000, 1h38).

Plus de vingt ans ont passé, et cette délicieuse comédie romantique a gardé tout son charme. L’intrigue amoureuse est mince (deux couples voisins s’entrecroisent à Shanghai en 1962), mais le style visuel est stupéfiant et a marqué toute une génération de cinéastes. Ralentis hypnotiques, chanson de Nat King Cole, atmosphère caressante, voici le film cool par excellence. Depuis huit ans, Wong Kar-wai n’a plus tourné. Pourquoi ?
F. F.

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