“Sweet Thing” : un presque premier film exaltant de jeunesse

Il y a 1 semaine 19

Lorsque le nom d’Alexandre Rockwell s’affiche au générique de fin de “Sweet Thing”, on croit avoir assisté à la naissance d’un cinéaste. Une recherche fugace sur ce dernier révèle qu’il tient au sein du paysage cinématographique pourtant d’avantage du briscard endurci que de l’apprenti.

Auteur d’une œuvre déjà bien fournie initiée au milieu des années 80, la cause de cet anonymat est que seulement deux de ses films trouvèrent les salles de cinéma françaises (In the soup et Somebody to love).

Plus étonnant encore lorsque l’on sait que parmi ses faits d’armes, il a fait tourner à deux reprises le grand cinéaste américain Samuel Fuller, a partagé la direction d’un film à sketchs avec Quentin Tarantino (Groom service, 1995) ou encore apparaît dans son propre rôle aux bras de Jennifer Beals dans une scène très drôle de Journal intime de Nanni Moretti en 1993. C’est donc peu dire qu’avant Sweet thing, Alexandre Rockwell avait déjà quelque chose à voir avec le cinéma.

Elixir de jeunesse

C’est précisément à l’origine de ce malentendu qu’il faut repartir. Derrière son apparente modestie, Sweet Thing détient quelque chose d’inestimable. C’est le douzième film de son auteur et pourtant il est habité par la jeunesse d’un premier film. Vivacité, fougue et maladresses (que l’on occulte volontiers), c’est ce que l’on attribue le plus souvient au premier travail d’un jeune cinéaste. C’est aussi ce qui fait la sève de Sweet Thing.

Le film suit une adolescente, Billie, et son petit frère, Nico, qui vivent sous le toit d’un père aimant, mais rongé par l’alcoolisme et bientôt incapable d’assurer leur éducation. La seule solution pour eux sera la fuite. Entre l’approche poétique et documentariste du Petit Fugitif de Morris Engel et les nombreux récits hérités du couple Bonnie et Clyde qui hante le cinéma américain, Rockwell livre un constat social âpre, parfois terrible, mais contrebalancé par une science du désamorçage et de minutieuses bouffées poétiques qui parviennent à maintenir le film sur un fil, entre la traversée d’une Amérique malade et le teen-movie rayonnant.

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Filmer les gens qu’on aime

Pour adoucir le réel et entretenir la nécessité du rêve, le film déploie tout un outillage stylistique (dont un splendide un noir et blanc argentique) qui frôle à plusieurs reprises le trop-plein. Mais à peine Sweet thing se met à glisser sur la pente du mille-feuille maniériste qu’un dialogue inaudible ou un plan à la composition bancale vient immédiatement interrompre l’escalade, et rappeler qu’il est davantage mu par la curiosité de l’artisanat que d’une volonté d’en mettre plein la vue.

Car le désir du film est ailleurs et se canalise en premier lieu sur ses deux acteur·rices, Lana et Nico Rockwell, enfants du cinéaste. Une entreprise déjà amorcée dans Little Feet, réalisé sept ans plus tôt et qui semble être à la fois un prologue et une esquisse de Sweet thing.

Du premier à l’ultime plan du film, le désir de Rockwell pour le visage de sa progéniture demeure intact et semble même se décupler à chaque nouvelle scène. L’élixir de jeunesse du film trouve peut-être son origine ici. À la croisée entre la vidéo souvenir de famille et la fiction, Rockwell filme les gens qu’il aime et immobilise sur eux l’expérience du temps qui passe. Peut-on trouver raison plus valable pour se saisir d’une caméra ?

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